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Date de publication : 18 mars 2010
Du 13 mars au 23 mai 2010
Gérard Bregnard - Visionnaire
Musée de l’Hôtel Dieu - Porrentruy www.mhdp.ch Musée jurassien d’art et d’histoire - Delémont www.mjah.ch Musée jurassien des Arts - Moutier www.musee-moutier.ch Espace Courant d’Art - Chevenez www.courantdart.ch
Exposition accompagnée d’une publication et d’un dossier pédagogique. Visites commentées tous publics dans chaque lieu d’exposition. Visites sur demande pour les classes.
Communiqué de presse
Né en 1920, l’artiste jurassien Gérard Bregnard a disparu en 2003. Est-il aujourd’hui mort ou vif dans la mémoire collective ? Nonante ans après sa naissance, une galerie d’art et trois musées lui consacrent une grande rétrospective, articulée en quatre volets. En exposant le plus grand nombre d’oeuvres marquantes de Gérard Bregnard jamais présentées, les organisateurs offrent une belle occasion de découvertes au public le plus large. Pour les jeunes générations, une attention particulière est accordée à la médiation pédagogique. A ceux qui connaissent l’oeuvre de Gérard Bregnard, cette rétrospective permet de le redécouvrir sous un jour parfois inédit.
Musée de l’Hôtel - Dieu - Porrentruy
L’Ajoie pour berceau - Premières années de création (1936-1955)
Dans les années 1940, en dehors de son travail « alimentaire » à l’usine, Gérard Bregnard s’astreint à un long apprentissage de la main, durant lequel il est à la fois élève assidu et maître exigeant, dessinant avec discipline comme un musicien fait ses gammes. A cette époque, il traite essentiellement des sujets classiques tels que le paysage, le portrait, la nature morte ou le nu. Ses sources d’inspiration sont de proximité : l’Ajoie pour les paysages, ses parents ou amis pour les portraits. Sans permis de conduire, il reste à peindre dans sa campagne natale, profitant parfois exceptionnellement d’un voyage en ville pour visiter des musées ou des galeries d’art.
La technique utilisée est alors le dessin au crayon. Cependant, quelques tableaux à l’huile - sur pavatex et non sur toile, notamment pour des raisons de coût, traduisent déjà sa volonté de réaliser de solides compositions picturales. Des travaux de formats modestes témoignent de son activité artistique précoce : un autoportrait daté de 1936 - Bregnard est alors âgé de 16 ans, ou quelques nus, de 1939 ou 1941.
A partir de l’année 1950, des compositions d’inspiration surréaliste voient le jour. Cette « première période surréaliste, asservie encore par l’objet » comme la nomme lui-même l’artiste, reste néanmoins toujours figurative. S’il continue de puiser l’inspiration dans son entourage, il invente des associations cocasses, carnavalesques ou oniriques.
La première période de création de Gérard Bregnard se caractérise par un travail acharné, de la discipline et une volonté de fer pour concrétiser son rêve de devenir peintre. Autodidacte dans la plus belle acception du terme, il consacre toutes ses énergies à sa passion. Les très nombreuses œuvres témoignant de cette période attestent d’une évolution sûre vers l’affirmation d’un style propre, dominé par l’invention d’un langage inaccoutumé, désinvolte, si fabuleusement libre. Anne Schild
Musée jurassien d’art et d’histoire - Delémont
1955-1965 : les années de (dé)construction
A plusieurs reprises dans son parcours artistique, Gérard Bregnard s’est senti en manque de nouvelles nourritures, pour la seconde fois sans doute et de façon particulièrement douloureuse dans le milieu des années 1950.
Il ressent alors le besoin de structurer assez drastiquement ses créations jusque-là très libres. Guidé par les recherches des mouvements cubiste et constructiviste, il se tourne vers la géométrie et s’essaie à de multiples solutions formelles, échafaudant peu à peu, en théorie comme en pratique, un système de composition très personnel.
Ce sont ses questionnements, ses errances et ses trouvailles éclectiques que l’on découvre au Musée jurassien d’art et d’histoire de Delémont.
S’y mêlent d’abord une pratique surréaliste « pure » et des exercices appliqués de composition très géométrisée. Cette alliance originale donnera naissance, vers le début des années 1960, à une poésie formelle dynamique qui lie harmonieusement le propos - toujours volontiers insolite -, la solidité de la composition et la fluidité du mouvement retrouvé. Sarah Stekoffer
Musée jurassien des Arts - Moutier
Du foisonnement aux fragments (de 1965 à la fin des années 1970)
Les peintures et sculptures exposées témoignent des recherches décisives que Gérard Bregnard entreprend durant cette période.
Peinture - Un foisonnement formel L’artiste développe d’abord le foisonnement dynamique des formes, initié au début des années 1960. Un tissu continu de petits éléments s’étend sur une grande partie de ses toiles. Frôlant la non figuration - mais portant toujours des titres signifiants - les oeuvres de cette période sont inspirées des formes naturelles organiques, comme la pousse végétale, la prolifération cellulaire ou encore le cortex cérébral (Mécano cortex).
Collage - l’esthétique du fragment Mais, à partir de 1968, les formes deviennent plus grandes, plus découpées et plus contrastées dans leur coloris. Gérard Bregnard met alors en place le principe esthétique qui restera dorénavant la sien : un puzzle contrasté formé par des fragments de corps, d’objets ou de matières. La méthode qui en forme la base est originale. Au lieu d’une esquisse préparatoire, l’artiste réalisait un collage, composé de fragments d’images de magazines en couleurs. Pour cette exposition, nous avons pu retrouver, pour quelques-unes des toiles, les collages d’origine.
En véritable équilibriste, Gérard Bregnard a joué avec ses puzzles picturaux, dont les pièces sont tantôt reconnaissables, tantôt mystérieuses. Nous ne pouvons jamais les recoller pour constituer une image familière. C’est cette tension entre familier et étrange qui nous incite à sonder ses oeuvres comme des énigmes. De plus, leurs titres sont inattendus, poétiques et parfois teintés d’humour : Inflorescence, Exercice spirituel de l’unijambiste ou Pépin à papin.
Pour Gérard Bregnard, cette étrangeté était porteuse de sens. Elle conciliait une « décontraction mentale » héritée du surréalisme avec un message idéaliste. Dans une conception panthéiste du monde, son esthétique du fragment était l’écho d’un « système dynamique » d’échanges qui unissait l’ « intelligence » des pierres, des plantes, des animaux et des hommes.
Changements de style déroutants Mais Gérard Bregnard a aussi créé en parallèle des oeuvres dans d’autres styles, parfois figuratifs. Entre autres tableaux déroutants, le Musée jurassien des Arts expose sa Dame sous un nuage (1976). Elle exprime à la fois son attachement aux rondeurs féminines et un humour basé sur la contradiction, hérité de Magritte. Ainsi l’artiste n’hésitait pas à s’aventurer par moments sur des chemins de traverse, dans un esprit d’indépendance.
Sculpture Bregnard conçoit des sculptures à partir de 1962, suite à son premier projet (réalisé) pour le centre administratif Coop à Wangen. Pratiquement toutes ses sculptures sont réalisées en fer, par soudure d’éléments fabriqués ou préexistants. En intégrant des objets trouvés, en général des outils, Bregnard fait descendre l’art de son piédestal et donne à ses oeuvres un caractère ludique.
Comme dans sa peinture inspirée par le collage, les associations étranges habitent ses oeuvres en trois dimensions. Animal, plante, homme et outillage s’emboîtent ; un Tripode arqué devient musicien ; un autre, ventru, est assis... Le tout sur un ton souvent teinté d’humour. D’autres sculptures, comme Un Arbre protégé, appellent à la transcendance. Mais pratiquement toutes se font l’écho du profond attachement de Gérard Bregnard à la nature, qui avait pour lui une dimension divine. Valentine Reymond
Espace Courant d’Art - Chevenez
Dernière période, une imagination toujours en ébullition
L’Espace Courant d’art de Chevenez porte l’accent sur les œuvres réalisées durant la dernière période de création de Gérard Bregnard.
Celle-ci voit un épanouissement de l’artiste dans sa plénitude : il possède tous les atouts qu’il s’est patiemment forgé et sait s’en servir avec dextérité. Mais attention, ce n’est pas pour se répéter ou pour exploiter un truc qui marche. Au contraire, sa maîtrise des moyens plastiques lui permet d’accéder à l’expression, de donner libre cours à ses pensées métaphysiques, à ses réflexions sur le monde, à son imagination toujours en ébullition, comme un jockey, sur le dos d’un coursier bien dressé, survolerait une compétition.
Il s’est aussi doté d’une technique très raffinée et personnelle qui se traduit par sa minutie et par sa façon d’étendre et de fondre la matière en glacis très minces. Il maîtrise également à la perfection les nuances dont les modulations nous rappellent Bonnard et sa richesse de tons. Sa facture n’a pas besoin d’empâtement et d’effets de matière ; la trace du pinceau s’efface toujours devant les textures à traduire de façon réaliste.
De mécanistes et anguleuses précédemment, ses compositions deviennent de plus en plus organiques et perdent de leur agressivité : souvent elles se teintent de poésie sans pour autant céder à la mièvrerie ou à la fadeur. Non, elles restent puissantes, solidement charpentées, empreintes du cœur, des « tripes » de l’artiste. A la fin des années 1960, les surfaces des années antérieures, couvertes de motifs jusqu’au bord, vont intégrer une bande de ciel qui progressivement va se muer en arrière plans peints en aplat.
D’abord colorés, ces fonds deviennent souvent noirs à partir de 1988, ce qui permet de faire vivre des personnages ou des objets, sur le devant du tableau, comme sur une scène. Et on retrouve ici chez Gérard Bregnard, la force de composition des natures mortes.
Pour finir, la porte s’étant ouverte sur le vide et l’horizon, le tableau peut accueillir des objets volants ou suspendus dans l’espace.
Tout au long de sa carrière, l’artiste ne cesse de surprendre : et c’est à chaque fois un peu miraculeux car chacun reconnaît que c’est « du Bregnard » et pourtant, ça ne ressemble à rien de connu !
Les natures mortes, une gymnastique primordiale Sa vie durant, Gérard Bregnard a élaboré les natures mortes qui jalonnent sa carrière. Pourtant, elles n’ont été que rarement montrées au public et ont toujours constitué la part intimiste de son activité artistique. D’une exceptionnelle qualité, elles ont beaucoup plu aux amateurs qui ont eu l’occasion de les découvrir : presque toutes ont trouvé preneur et se trouvent dans des collections privées.
Dans une œuvre plutôt abstraite, symbolique et profondément mystique, la présence de cet infiniment matériel et quotidien, de ces compositions aux fruits, légumes et autres paniers, et qui dénotent un évident amour de l’objet et de la matière, interpelle, lorsqu’elle ne dérange pas.
A travers la nature morte, avec ses textures à imiter et ses volumes à transcrire de façon réaliste, l’étude sur le motif sera son école de toujours. Car comment mieux exercer sa virtuosité et sensibiliser son œil à la subtilité ? C’est ainsi que la nature morte, exercice ardu, exigeant, est devenue, pour celui qui aimait à se qualifier de « tâcheron », un champ d’investigation permettant d’affiner technique et sens de l’observation.
C’est pourquoi on peut affirmer que la nature morte, loin de concurrencer ou minimiser l’œuvre de Bregnard, a contribué à le féconder en lui apportant son caractère unique.
Réalistes dans les années 1950, les natures mortes de Gérard Bregnard deviennent peu à peu hyperréalistes dans les années 1980. Les plus tardives rappellent les modèles de perfection des artistes hollandais des XVIIe et XVIIIe siècle. La magistrale réussite de l’artiste dans ces minutieuses observations nous montre à quel point il percevait la nature morte comme un exercice de style indispensable. Joseph Chalverat
Contacts :
Nathalie Fleury, conservatrice du Musée jurassien d'art et d'histoire
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